PARIS, 8 déc 2008 (AFP) – L’exploitation de terres en Afrique par des investisseurs étrangers ne doit pas exposer les populations locales à des crises alimentaires, a souligné lundi le secrétaire d’Etat français à la Coopération Alain joyandet.
“L’arrivée d’investissements extérieurs ne peut pas se faire sans une protection des populations locales contre d’éventuelles crises alimentaires”, a estimé M. joyandet lors d’une conférence de presse à Paris, à l’occasion d’un forum intitulé “Investir pour l’agriculture en Afrique sub-saharienne”.
M. joyandet était interrogé notamment sur le projet du groupe sud-coréen Daewoo Logistics d’acquérir 1,3 million d’hectares de terres à Madagascar, pour y produire du maïs et de l’huile de palme, destinés à l’exportation.
Constatant qu’”achat de terres et baux de longue durée semblent avoir la préférence des investisseurs étrangers”, le directeur général de l’organisation de l’ONU pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), Jacques Diouf, s’était alarmé l’été dernier du risque de voir émerger “un pacte néo-colonial pour la fourniture de matières premières sans valeur ajoutée dans les pays producteurs”.
“Avant qu’il ne devienne massif il faut que ce phénomène soit bien réglé”, a encore affirmé le secrétaire d’Etat français.
“On a vu se développer depuis un an un mouvement de spéculation international sur les matières premières alimentaires qui est préoccupant, nouveau”, a souligné de son côté le ministre français de l’Agriculture Michel Barnier. “Je pense que cela pose un problème de gouvernance”, a-t-il ajouté.
MM. Barnier et joyandet ont réaffirmé la nécessité de relancer une agriculture vivrière en Afrique, à l’occasion de ce forum qui a réuni plus de trente ministres européens et africains, des représentants d’institutions financières et d’organisations régionales ainsi que des entrepreneurs et des producteurs.
Ce forum doit être suivi mardi par une réunion également à Paris sur la mise en oeuvre d’une politique agricole au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).
“Je suis convaincu qu’un des leviers pour relever le défi alimentaire et agricole, c’est cette intégration régionale”, a déclaré M. Barnier, soulignant la nécessité d’une “mutualisation” de la gestion de l’eau, des risques, des aléas climatiques.
“Parfois ce n’est pas le manque de production agricole mais le manque de libre circulation” qui est un problème, a souligné de son côté le président de la Commission de la Cédéao, Mohamed Ibn Chambas. “Le problème, c’est le manque d’infrastructures régionales pour faciliter le commerce entre les pays”, a-t-il ajouté.