Question de la Sénatrice Christiane KAMMERMANN (Français établis hors de France)
Ma question s’adresse à Monsieur le Secrétaire d’Etat Chargé de la Coopération et de la Francophonie.
Alors que la crise financière sévit dans nos économies occidentales, il est impératif de prendre en compte, dans le contexte de globalisation que nous connaissons, les impacts de la crise financière sur les pays du Sud et notamment en Afrique.
D’ailleurs, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont mis en garde récemment et officiellement les pays en développement contre les graves conséquences de la crise financière internationale.
En effet, alors que les pays en développement ne sont aucunement responsables de la crise actuelle, ils vont en payer les conséquences.
Je pense notamment à la raréfaction globale du crédit, au ralentissement des flux d’investissements directs étrangers et à la baisse du cours des matières premières.
Certes, il est prévu que la croissance africaine continuera en 2009 à un rythme de 4 à 5 % mais cela représente une baisse de 2% par rapport à 2008.
Or chaque point de croissance perdu est un recul majeur dans la lutte contre la pauvreté et une catastrophe humaine pour les pays du sud.
A court terme, ces pays auront aussi besoin, comme les pays plus développés, de plans de relance.
Mais contrairement à nous, ces Etats ont moins de marge d’action budgetaire.
S’il est clair que les pays du Sud doivent assumer leur part de responsabilité dans le développement, à commencer par la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des fonds publics, les pays développés, plus que jamais, ne peuvent se dérober aux leurs en matière l’aide publique au développement.
Il est crucial de mettre l’accent sur le soutien à une croissance durable, à la réduction de pauvreté et à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.
Dans ces conditions, Monsieur le Secrétaire d’Etat Chargé de la Coopération et de la Francophonie, les pays donateurs et en particulier la France changeront-ils leur attitude sous prétexte que la priorité est désormais consacrée à la situation intérieure ?
Quelles mesures la France compte elle prendre pour aider les pays du Sud et en particulier l’Afrique ?
Réponse
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Madame la Sénatrice,
Soyons transparents : la crise financière, avec la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’energie, va se traduire par un ralentissement de l’économie mondiale qui touchera forcément l’Afrique.
Les mesures de sauvetage et de relance des économies développées sont une 1ère étape pour aider le Sud. Soutenir la conjoncture au Nord, c’est notamment
- éviter un effondrement du cours des matières premières exportées par le Sud.
-dégager à terme les recettes permettant le respect des engagements en matière d’Aide Publique au Développement
Faisons en sorte d’éviter une dépression, comme ce fut le cas lors de la crise de 1929 dont l’Afrique ne s’est remise, rappelons le, qu’après la 2nde guerre mondiale.
Mais venons-en aux réponses proprement à destination des pays du Sud. Je vois trois types de réponses :
1/ Plus que jamais notre aide doit être pérenne. Nous devons renforcer encore plus son efficacité et maintenir nos engagements financiers. Un de nos succès dans le cadre de la PFUE est d’avoir réussi ces deux objectifs lors des Sommets Internationaux d’ Accra et de Doha.
Nous avons ainsi rappelé solennellement que notre aide au développement serait maintenue et que nos objectifs en la matière seraient atteints.
2/ Nous devons aussi innover et aller au-delà de notre aide traditionnelle. En ce sens, la France a, notamment introduit des prêts dont le remboursement s’ajuste en fonction de la situation financière du pays.
Et j’invite tous nos partenaires, et notamment les banques multilaterales de développement, a introduire des mécanismes flexibles permettant d’aider les pays à résister aux chocs.
Ces solutions innovantes doivent être en soutien de nos politiques classiques que nous devons renforcer. C’est dans cette logique qu’un Milliard d’euros de financement par l’AFD sera consacré à l’agriculture, source majeur d’emploi dans les pays du sud.
C’est également ce qui incite l’Europe à consacrer 1Milliard d’euros additionnel à la sécurité alimentaire.
Je souhaite que les Accords de Partenariat Economiques soient finalisés avec un souci de promotion de l’agriculture qui passe par le développement de marchés régionaux, protégés si besoin. C’est ce que j’appelle mettre de la PAC en Afrique.
3/ Enfin la crise est aussi une crise structurelle et les réponses doivent être structurelles. Le monde change et LE monde du développement change. On ne peut pas continuer à gérer le monde du développement et l’économie du XXIe siècle avec les instruments de l’économie du Xxe. C’est l’initiative que le Président de la République ne cesse de défendre au sein du G8 et du Conseil de sécurité notamment.
Nous réfléchissons ainsi à un nouveau Bretton Woods avec une vision rénovée du développement. Nous avons également commencé à arrimer les pays émergents à la gouvernance mondiale avec le G20.
Les Pays en développement ont aussi leur place. C’est la conférence internationale sur le financement du développement de Doha qui vient d’avoir lieu et à laquelle Nicolas SARKOZY à participer.
Je tiens à le souligner : il était le SEUL Président des Pays du Nord présent. Je crois que ce symbole, tout comme l’accueil reçu par le Président à Doha, sont les meilleures preuves de l’engagement de la France en faveur du développement, en faveur de l’Afrique, en faveur des plus démunis, même en temps de crise.